La souffrance des animaux sauvages : une vérité qui dérange beaucoup

Traduction de l’article The extremely inconvenient truth of wild animal suffering, The Vegan Strategist (Tobias Leenaert).

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Quelque part en Afrique du Sud, une jeune zébresse affolée est prise au piège dans la boue. Elle crie et se débat vainement. Si le sort continue de s’acharner sur elle, elle ne tardera pas à suffoquer.

Tout à coup, un jeune rhinocéros vient à elle, place son énorme tête sous son corps et la soulève hors de la boue. L’opération semble d’abord réussir, mais le rhinocéros, oubliant peut-être combien sa corne est acérée, lui transperce le corps et la tue.

À quelques mètres de là, un autre individu observe la scène : un Homo sapiens. Ce photographe professionnel capture plusieurs images du drame. Il pourrait intervenir, mais il dira plus tard à un journaliste qu’il était préférable de « laisser faire la nature ».

En somme, un zèbre en danger de mort est « assisté » par un rhinocéros impuissant (mais peut-être était-il simplement curieux ; peut-être voulait-il jouer), tandis qu’un humain qui pourrait lui porter secours regarde et décide de l’abandonner à son sort.

Lorsque nous apercevons un être humain en détresse, nous passons à l’action – du moins quand les risques pour nous sont faibles ou inexistants. Mais lorsqu’il s’agit d’un animal, cette obligation morale s’estompe. À plus forte raison quand cet animal appartient à un monde à part – un monde dans lequel nous ne devrions pas intervenir. Mais, au juste, pourquoi ne devrions-nous pas intervenir ?

« Naturel » ne signifie pas « bien »

Aujourd’hui encore, « ce qui est naturel » est synonyme de « bon » ou de « bien » dans l’esprit de beaucoup. À leurs yeux, ce qui se déroule dans la nature est absolument nécessaire, autrement cela ne se produirait pas. Ou quelque chose comme ça.

Pourtant, notre évolution s’est faite parce que nous avons défié la nature, parce que nous nous sommes montrés plus rusés qu’elle, parce que nous l’avons conquise. Ce qui n’est pas un problème en soi, bien au contraire. Les médicaments que nous prenons ne sont pas « naturels », pas plus que nos lunettes, béquilles, voitures, bicyclettes… ou l’écran qui vous permet de lire cet article. Rien de tout cela ne se trouve dans la nature.

Qui plus est, nous intervenons constamment dans la nature – le plus souvent, il est vrai, pour servir nos intérêts. Nous l’avons déblayée pour nos routes, nos cultures, nos parcs et nos bâtiments. Et ce faisant, nous avons tué un nombre incalculable d’animaux.

Beaucoup conviendront que nous, humains, devrions tenter de mettre un terme à la souffrance que nous-mêmes infligeons aux animaux sauvages, en construisant par exemple des ponts et des tunnels qui serviront de passages aux animaux dont nous avons morcelé l’habitat ou le territoire.

Mais qu’en est-il de la souffrance dont nous ne sommes pas responsables ? La souffrance reste la souffrance, la douleur reste la douleur : leur origine – qu’elle soit humaine ou non – n’a aucune importance aux yeux de ceux qui les endurent. Pour un lapin, peu importe que sa souffrance soit causée par la maladie ou le piège d’un braconnier (si tant est que ces souffrances soient d’un intensité similaire).

Si vous aviez été à la place de ce photographe, votre empathie – toute naturelle – vous aurait peut-être incité à agir. Mais cette intervention, bien que concrète, aurait eu un impact limité. À l’heure actuelle, nous assistons déjà à des types d’interventions plus structurels. Nous vaccinons certaines populations d’animaux (même si l’objectif est en fait d’éviter une contamination humaine). Nous recourons à la contraception dans certains parcs naturels, estimant qu’il est plus moral d’empêcher la naissance de certains animaux que de laisser ceux déjà existants mourir de faim dans d’atroces souffrances.

Pourquoi les visions idylliques de la nature sont fausses

Il se peut que vous ayez une vision très romantique de la nature, pensant ainsi que le bonheur et la sérénité y abondent. À travers les époques, notre conception de la nature de la nature, pour ainsi dire, a oscillé. Néanmoins, le fait de la décrire désormais comme un lieu où “griffes et crocs sont rouges de sang” semble malheureusement fort légitime. Voici en partie pourquoi.

Nous, humains, avons assez peu d’enfants, mais ceux-ci font l’objet de soins parentaux qui permettent à la grande majorité d’entre eux de survivre (c’est le cas dans les pays occidentaux, mais aussi, de plus en plus, dans les pays en développement). Beaucoup d’animaux, peut-être même la majorité, adoptent une stratégie différente : ils donnent naissance à un grand nombre de petits dont ils s’occupent peu. Par conséquent, seuls quelques individus survivent (la taille de la population reste donc stable). En raison de cette stratégie, que les biologistes ont nommée « stratégie r » (la première que j’ai mentionnée est appelée « stratégie K »), un nombre colossal d’animaux meurent à un très jeune âge. Le lapin commun, par exemple, peut mettre au monde 360 petits durant sa vie, mais seuls 15 % d’entre eux atteindront l’âge d’un an. Certains animaux peuvent produire des centaines, des milliers, voire des centaines de milliers d’œufs, mais tous ne pourront se développer. Cela dit, même chez les animaux qui ne donnent naissance qu’à un petit nombre de petits, bien souvent, un ou plusieurs mourront précocement. Le panda, par exemple, donne naissance à des jumeaux, mais un seul survivra puisque les parents délaisseront l’autre.

Bon nombre de ces animaux, si ce n’est la majorité, meurent probablement de manière lente et douloureuse. Outre la faim, la soif, le froid et la sécheresse, les animaux sauvages endurent les blessures et les maladies sans jamais pouvoir jouir de soins médicaux. Ils sont confrontés aux catastrophes naturelles telles que les inondations et les incendies. Ils sont également victimes du parasitisme et, bien entendu, de la prédation (voir la vidéo ci-dessous ; attention, certaines images sont choquantes).

À présent, parlons chiffres. On compte environ sept milliards d’humains. Le nombre de poissons capturés chaque année se situe, selon de grossières estimations, entre 1000 et 3000 milliards. Quant au nombre total d’animaux sur Terre, il avoisinerait, selon des estimations encore plus grossières, 10¹⁹ (voir cet article pour plus d’informations).

Comment ne pas en conclure que les visions idylliques de la nature sont non pertinentes et que la quantité de souffrance globale y est considérable ?

La question de savoir si nous devrions agir ou non face à ce gigantesque problème est controversée. Toutefois, je trouve étonnant qu’elle le soit aussi parmi les véganes et les défenseurs des droits des animaux, qui semblent convaincus que nous devrions nous préoccuper principalement de nos propres devoirs et des souffrances que nous-mêmes provoquons. Encore une fois, aux yeux de l’animal, peu importe que nous ayons causé sa souffrance ou non.

Il est vrai que l’évaluation des conséquences de nos interventions pourrait s’avérer extrêmement complexe. Il est tout aussi vrai que nos interventions pourraient avoir des effets catastrophiques. Mais les personnes qui se penchent sur cette problématique sont clairement conscientes de la complexité et des risques en présence. Tout progrès sera certainement graduel et lent. Par ailleurs, il convient de garder à l’esprit que ce qui se déroule quotidiennement dans la nature est épouvantable. Si vous n’en êtes pas convaincu, je vous conseille de regarder la vidéo ci-dessous (attention, certaines images sont choquantes).

Selon moi, la question principale n’est pas de savoir si nous devrions intervenir ou non, mais dans quelle mesure et comment. Je pense d’ailleurs que la plupart des gens cautionneraient les interventions auxquelles nous avons déjà recours : le sauvetage individuel d’animaux, les vaccinations, peut-être même la contraception – à supposer que ces interventions soient mises en œuvre avec beaucoup de prudence et qu’elles ne causent plus de mal que de bien. Toutefois, ne devrions-nous pas aller un peu plus loin ?

Deux planètes

Une lettre encadrée est accrochée sur l’un des murs du bureau berlinois de l’organisation végane allemande VEBU. C’est Annika, une petite fille qui décédera ultérieurement d’une tumeur au cerveau, qui l’a écrite à l’attention de mon ami Sebastian Joy, le directeur général de VEBU. Dans sa lettre, Annika propose que nous ayons deux planètes : une pour les humains, une autre pour les animaux. Cette idée, touchante, peut sembler légitime à première vue. Mais après réflexion, on comprend que la planète réservée aux animaux serait remplie de souffrance. Puis on se dit que si nous parvenions à survivre à nous-mêmes et devenir plus humains que nous ne le sommes maintenant, alors nous pourrions largement contribuer à l’amélioration de la vie des animaux sauvages, voire mettre un terme à leur souffrance. Je n’ignore pas qu’aux yeux de certains, cette idée paraît insensée ou terriblement prétentieuse. Je sais bien qu’ils objecteront que tout cela n’est pas une priorité et qu’il existe des moyens plus simples d’aider les humains et les animaux. Cependant, nous devons garder à l’esprit que nous serons peut-être encore ici dans une dizaine ou une centaine de milliers d’années. Qui sait quelles évolutions morales et technologiques nous connaîtrons d’ici là ?

En attendant, que pouvons-nous faire ? Nous pouvons commencer par faire preuve d’ouverture d’esprit face à cette problématique. Nous pouvons revoir nos préjugés, notre spécisme. Nous pouvons remettre en question nos priorités en ce qui concerne les droits des animaux et la prévention de la souffrance, s’il y a lieu. Nous pouvons diffuser ces idées. Nous pouvons apporter notre soutien aux interventions déjà mises en œuvre. Nous pouvons aussi nous ouvrir au développement des nouvelles technologies qui seront susceptibles de nous aider à l’avenir.

Schopenhauer écrivait que les humains étaient les démons sur Terre et les animaux les âmes qu’ils tourmentaient. Il pourrait en être autrement. Je pense même que nous pourrons peut-être un jour devenir leurs anges gardiens.

Voulez-vous en savoir plus sur ce sujet ? Je vous invite à regarder cette vidéo et lire le programme de recherche du Foundational Research Institute.

Cet article s’inspire du discours prononcé par Oscar Horta à la Conférence sur la Sentience de Berlin.

Il est peut-être temps de prendre au sérieux les sentiments des animaux

Traduction libre de l’article Maybe it’s time to take animal feelings seriously (nymag.com)

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Les chiens sont capables d’interpréter les émotions des humains. Les chevaux aussi, semble-t-il. Les baleines ont des accents régionaux. Les corbeaux devinent les pensées de leurs congénères – un phénomène que les scientifiques appellent «théorie de l’esprit » et qui a longtemps été considéré comme une aptitude spécifiquement humaine. Ces découvertes, qui ont toutes été publiées ces dernières semaines, indiquent que nombre de traits et de facultés que nous estimons « exclusivement humains » ne le sont pas vraiment.

Cette affirmation donne probablement l’impression de pencher dangereusement du côté de l’anthropomorphisme, et si vous connaissez un tant soit peu le domaine d’étude des comportements animaux, vous savez sans doute ceci : l’anthropomorphisme nuit. Les animaux sont des animaux, et les humains des humains. Présumer, par exemple, qu’un éléphant ressent la joie de la même manière qu’un humain est risible d’un point de vue scientifique. Telle est la pensée qui a dominé ce champ de recherche pendant la plus grande partie du siècle passé et que l’on pourrait résumer ainsi : éviter à toute force, voire tourner en dérision, tout projet de recherche qui oserait suggérer que les animaux pensent et ressentent de la même manière que les humains.

Toutefois, de nouvelles études comme celles mentionnées plus tôt ainsi qu’une multitude d’ouvrages récemment écrits par des biologistes et des rédacteurs scientifiques de renom considèrent avec le plus grand sérieux la vie intérieure des animaux. Désormais, d’éminents scientifiques estiment que, si l’intention première était louable, des décennies de rejet automatique de toute forme d’anthropomorphisme ont surtout entravé la recherche. « Ça a détruit le champ d’étude », a même déclaré le biologiste et auteur Carl Safina lors d’un échange avec Science of Us. « Ça ne l’a pas seulement freiné, ça l’a mené à sa perte. Les gens n’ont même pas pu poser ces questions pendant un quarantaine d’années. »

Le livre de Safina, intitulé Beyond words : what animals think and feel, est en phase avec le prochain ouvrage du célèbre primatologue Frans de Waal, Are we smart enough to know how smart animals are ? En effet, les deux chercheurs plaident en faveur de ce que le biologiste Gordon Burghardt a appelé l’« anthropomorphisme critique » – c’est-à-dire l’emploi des intuitions et de la compréhension humaines comme point de départ pour comprendre la cognition animale. « Dire que les animaux planifient l’avenir ou qu’ils se réconcilient après un combat va au-delà du langage anthropomorphique, ces termes expriment des idées testables », écrit de Waal.

À partir des années 1910-1920, la science du comportement animal a commencé à privilégier la description dans ses tentatives de dissiper les superstitions (les chats ne sont pas les compagnons des sorcières, les tortues ne sont pas particulièrement obstinées, les sauterelles ne sont pas paresseuses, etc.). Malheureusement, à partir d’un certain moment, « la description, à elle seule, est devenue « la«  science du comportement animal », écrit Safina dans son livre publié l’été dernier. « Le fait de se demander quels sentiments ou quelles pensées pouvaient motiver l’acte comportemental était devenu complètement tabou. » Selon Safina, les notes d’un « bon » scientifique ressembleraient à ceci : « L’éléphant se place entre son petit et la hyène.» Un « mauvais »  scientifique aux tendances anthropomorphiques, quant à lui, décrirait cette même scène de la façon suivante : « La mère se positionne dans le but de protéger son petit de la hyène .» Comment ce chercheur pourrait-il bien prouver les intentions de la mère ? Puisqu’on ne peut observer ni une pensée ni un sentiment, présumer leur existence chez les animaux était par conséquent jugé non scientifique.

Jadis, le simple fait d’évoquer la question d’une conscience animale pouvait suffire à détruire une carrière. Dans les années 1970, Donald Griffin – un biologiste reconnu qui avait récemment découvert l’écholocalisation (ou sonar) chez les chauves-souris – aborda ledit sujet dans son ouvrage Question of animal awareness. Sa réputation professionnelle en fut considérablement écornée. Jane Goodall essuya elle aussi des critiques après avoir osé « humaniser » les chimpanzés de son étude en leur donnant des noms, et, pas plus tard que dans les années 1990, un auteur de la prestigieuse revue Science déclara que la recherche sur la cognition animale n’était pas un projet qu’il recommanderait « à une personne sans titularisation ».

De meilleures données, obtenues notamment grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale et aux vidéos enregistrées par les chercheurs travaillant sur le terrain, obligent désormais bon nombre de scientifiques à repenser certains points fondamentaux de la cognition animale. De nos jours, il ne se passe pas une semaine sans qu’une nouvelle étude avançant les preuves que telle ou telle espèce possède ce que l’on a pu considérer autrefois comme une faculté ou une émotion spécifiquement humaine ne soit publiée.

Des manifestations d’empathie, et même des comportements réconfortants, ont été observés chez diverses espèces. Une étude récente propose que le campagnol des prairies, un rongeur vivant sur les territoires américain et canadien, réconforte son congénère rendu stressé par un (petit) choc électrique. Des comportements ressemblant fortement à la consolation ont également été observés chez des animaux connus pour leur sociabilité, comme les éléphants. Quand un éléphant d’Asie remarque qu’un de ses congénères est anxieux, les chercheurs observent que le premier réagit en touchant le second avec sa trompe. « Je n’ai jamais entendu une telle vocalisation lorsque les éléphants sont seuls », explique le directeur de l’étude Joshua Plotnik à Discovery. « Ça pourrait être un signal du genre « chut… ça va aller », le type de son qu’un humain adulte utiliserait pour réconforter un bébé. » Certains scientifiques avancent que le bâillement contagieux, qui a été récemment observé et filmé chez les chimpanzés, est également un signe d’empathie.

Plusieurs études ont révélé que certains animaux manifestent des signes de conscience de soi. La meilleure méthode à la disposition des chercheurs pour mesurer ce concept pourtant abstrait est le test du miroir (de récents travaux ont toutefois remis en question sa justesse). Le sujet est généralement marqué avec un colorant visible mais inodore avant d’être placé devant un miroir. Pour réussir ce test, celui-ci doit observer la marque dans le miroir, puis l’examiner sur son propre corps (cela indique que l’animal comprend que la réflexion est une représentation de lui-même).

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Les grands singes et les singes ne sont pas les seuls à y parvenir. En effet, au début des années 2000, deux chercheurs ont montré que les grands dauphins pouvaient réussir ce test haut la main. Dans son dernier livre Voices in the ocean, la rédactrice scientifique Susan Casey indique que les éléphants et les pies le réussissent également (les humains n’y parviennent pas avant l’âge de 2 ans).

Certains animaux seraient capables de comprendre le point de vue de leurs congénères. Outre le comportement récemment mis en évidence du corbeau, il s’avère que le geai buissonnier peut se représenter le point de vue d’un autre geai, ce qui l’aide à cacher sa nourriture. Quant au geai des chênes mâle, il serait en mesure de deviner avec justesse le type de nourriture qu’une femelle pourrait apprécier. « Nous avons longtemps pensé que seuls les humains pouvaient faire ça », explique Nicola Clayton, psychologue à l’université de Cambridge, au magazine américain Wired. « Nous avons démontré grâce à une série d’expériences que ça ne semble pas être le cas. »

À l’ère des vidéos virales, il devient facile de souscrire à l’idée que l’anthropomorphisme est désormais parfaitement acceptable… et de se laisser emporter. Les réactions suscitées par une photo récente de trois kangourous illustrent parfaitement ce phénomène. Selon la légende qui accompagnait l’image sur Facebook, le mâle et le petit « pleuraient » la femelle qui venait de mourir. Les médias s’en sont emparés, la prenant pour argent comptant et affichant des titres du même tonneau que celui-ci : « Une mère kangourou mourante tient son petit pendant ses derniers instants.»

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Conformément au cycle de vie de toute histoire virale, les tentatives de démystification n’ont pas tardé à frapper : selon certains articles improbateurs, le kangourou mâle tentait simplement d’initier un rapport sexuel avec la femelle, et toute interprétation contraire relevait d’un « anthropomorphisme naïf ». De son côté, Safina soutient qu’aucune conclusion ne peut être tirée d’une photographie, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. À vrai dire, l’image ou, plus précisément, les réactions polarisées qu’elle a suscitées sur la toile nous en apprend davantage sur nous-mêmes que sur l’éthologie des kangourous.

« La seule chose qui n’est presque jamais permise, ni même envisagée, c’est le fait qu’il puisse exister des nuances », souligne Safina. « Il existe toute une palette d’émotions chez les humains comme chez les non-humains. » Après la mort d’un humain, par exemple, les proches éprouvent toute une gamme d’émotions – le déni, la confusion, voire des rires terriblement inappropriés. « Mais avec les animaux, tout devrait être noir ou blanc », explique-t-il. Soit nous voulons croire que les animaux sont purs, bienveillants et globalement meilleurs que nous, soit nous voulons croire exactement le contraire : que nous sommes les créatures les plus remarquables de la planète et que le comportement animal ne relève que de l’instinct (comme si ce n’était jamais le cas du comportement humain !).

Certes, se précipiter vers des conclusions infondées appuyant l’idée que les animaux sont tout à fait comme nous relève de la pseudoscience. Mais volontairement ignorer les preuves de comportements animaux étonnamment similaires aux nôtres est tout aussi biaisé et non scientifique. « Ce qu’il faut retenir, c’est que l’anthropomorphisme n’est pas toujours aussi problématique qu’on le pense », écrit de Waal, ajoutant que cela est d’autant plus vrai pour les animaux dont le cerveau est similaire au nôtre : les singes, bien évidemment, mais aussi les éléphants et certains mammifères marins comme les dauphins. Après tout, nous sommes nous aussi des animaux.

 

 

Les « nouveaux athées » face au véganisme : Sam Harris, Richard Dawkins et le fardeau supplémentaire qui pèse sur les grandes figures de la morale

Traduction libre de l’article New Atheists must become new vegans : Sam Harris, Richard Dawkins and the extra burden on moral leaders (salon.com)

Au vu des progrès réalisés dans les domaines des neurosciences et de la biologie – y compris la biologie évolutive, ceux qui souhaitent un monde plus humain doivent également prendre en compte les animaux.

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Le philosophe et neuroscientifique Sam Harris, qui a beaucoup écrit sur la morale et ses liens inextricables avec le bien-être des créatures conscientes, a récemment évoqué sa consommation de viande. Lors d’un échange enregistré pour un podcast de 2015 avec le psychologue Paul Bloom, Harris admet :

« …le fait que je participe à un système qui agit sciemment de cette manière (il fait référence ici à l’élevage industriel) fait plus ou moins de moi un hypocrite… Nous sommes deux à reconnaître notre contribution à un système qui n’est pas seulement objectivement mauvais, en un sens, mais peut-être si mauvais qu’il pourrait figurer sur la courte liste des choses qui feront honte à nos descendants. »

Heureusement, Harris nous apprend dans un podcast publié plus tôt ce mois-ci que, suite à cette déclaration, il est devenu végétarien et qu’il souhaite devenir végane. Étant donné son statut de fervent défenseur de la pensée rationnelle, j’ai toujours pensé que ce jour allait arriver. En plus de donner quelques décibels supplémentaires à mon travail de sensibilisation occasionnel concernant les implications de nos choix alimentaires, cette volonté de pratiquer un examen moral sans complaisance de notre mode de vie est une source d’inspiration. De quoi mes descendants auront-ils honte ?

Le moment est venu pour ses confrères scientifiques et intellectuels de commencer à prendre la juste mesure du débat moral entourant la consommation de viande. Puisqu’ils tentent de participer à la construction d’une civilisation juste et compatissante, ceux-ci devraient cesser de faire comme si les animaux non humains ne comptaient pas parmi ses citoyens. Grâce aux avancées réalisées dans les domaines des neurosciences et de la biologie, nous savons depuis des années que les animaux peuvent souffrir. Si nous ajoutons à cela notre capacité technologique à produire des aliments sans recourir aux animaux, nos connaissances grandissantes sur la nutrition et la santé (y compris le rôle de la consommation de produits animaux dans le développement de nombreuses maladies chroniques) et l’immense impact de la production de lait et de viande sur le changement climatique (sans doute notre plus grand défi), la direction vers laquelle notre boussole morale pointe désormais devient claire.

Comme je l’ai écrit dans un article précédent :

« Malheureusement, les arguments en faveur du véganisme sont pervertis par certains guérisseurs quantiques armés de cristaux, naturopathes, homéopathes et autres individus qui prétendent que le brocoli possède une qualité de vibration en phase avec notre corps… Par conséquent, la philosophie végane est jugée irrationnelle et illogique, ainsi qu’étroitement associée à des opinions hostiles à la médecine moderne. »

Le véganisme a été récupéré par des hippies mal informés de la même façon que la méditation a été entachée d’une inclination à la stupidité. Les deux, éclipsés par le mysticisme et les pseudo-sciences, sont devenus invisibles aux yeux des personnes rationnelles. Harris a tenté de vacciner (le jeu de mots est voulu) la spiritualité contre l’occultisme, et ses premières tentatives de défense du véganisme ne font que répéter cette démarche rationnelle. Néanmoins, ce fardeau est trop lourd pour une seule personne ; il est donc grand temps que d’autres figures publiques commencent à le partager.

A l’image du mouvement des nouveaux athées au début des années 2000, il semble que la question de la consommation de viande soit au seuil d’un changement dramatique en termes d’attention publique et de soutien ouvert de la part des intellectuels : un mouvement de « nouveaux véganes ». Comme je le préciserai plus bas, nous sommes si proches et pourtant si loin de cela. De nombreuses personnes ayant emprunté le chemin du progrès moral ont déjà adopté le véganisme sur le plan intellectuel, mais pas en pratique.

Lors d’un échange avec l’éthicien Peter Singer, le biologiste Richard Dawkins souligne :

« [Cela] me place dans une position morale difficile… Je pense que vous avancez un argument solide lorsque vous affirmez que toute personne qui consomme de la viande a le devoir d’y réfléchir sérieusement, et je ne trouve aucun contre-argument valable. Je me trouve dans la même situation que celle que vous et moi aurions connu, enfin probablement pas vous mais moi, il y a 200 ans […] lors d’une conversation sur l’esclavage… Ce que j’aimerais vraiment voir, c’est que des personnes comme vous exercent une bien plus grande influence sur ce que j’appellerais la conscientisation, et qu’elles retournent la situation afin que le fait de ne pas manger de viande devienne une norme sociétale. »

« Des personnes comme vous » ? Et pourquoi pas des personnes comme Richard Dawkins ?

Michael Shermer, auteur de l’ouvrage The moral arc, a twitté : « Pouah. J’ai regardé Earthlings hier soir pour effectuer des recherches sur le progrès moral. On a l’impression d’une régression morale lorsqu’il s’agit des animaux. » Il a également écrit un article intitulé Confessions of a speciesist. Aussi prometteur que cela puisse paraître, il a pourtant admis : « Non, je ne suis pas végétarien, mais je pense que nous devrions élargir notre cercle moral pour y inclure les animaux marins et tous les primates, pour commencer. »

Lawrence Krauss a récemment invité Peter Singer à l’occasion d’un débat public dans le cadre de The Origins Project à l’Université d’État de l’Arizona. Après s’être vanté de porter des chaussures véganes au début de l’événement et avoir longuement discuté de l’éthique de la consommation de viande avec Singer (jugeant l’argument moral en faveur du végétarisme « percutant »), il laissa simplement entendre qu’il deviendrait peut-être végétarien.

Ce genre d’hypocrisie morale devrait être examinée soigneusement et ridiculisée en conséquence – ridiculisée au point de constituer un suicide professionnel pour tout intellectuel s’obstinant dans cette voie. Pour d’absurdes raisons, Sam Harris a été violemment critiqué après avoir affirmé que la torture d’êtres humains pouvait être légitime dans quelques cas rares et extrêmes (cette polémique était le fruit d’interprétations grossièrement fautives de ses arguments), alors que la réputation de ses confrères n’est jamais ternie de la sorte lorsque ceux-ci admettent leur soutien implicite à la torture systématique d’animaux non humains.

Le psychologue Steven Pinker, un de mes héros, a écrit un livre brillant intitulé Better angels of our nature : the decline of violence in history and its causes. Dans cet ouvrage à la fois dense et volumineux, Pinker ne consacre guère plus de cinq pages aux questions de la consommation de viande et de l’élevage industriel. Bien qu’optimiste à l’égard du déclin de la violence intra-humaine, Pinker affirme : « Ces impondérables, je pense, empêchent le mouvement pour les droits des animaux de suivre la même trajectoire que les autres révolutions des droits. Mais pour le moment, l’emplacement de la ligne d’arrivée est hors sujet. » Quel est donc le sujet pour Pinker ? Le bien-être des humains, j’imagine.

Les figures emblématiques de l’athéisme, de la laïcité, des sciences et de la raison ont fait des merveilles dans de nombreux débats publics. Bien qu’elles se prononcent sur des questions autres que celles de l’endoctrinement religieux et ses implications sur les droits de la personne, la question des droits des animaux reste encore trop souvent ignorée. L’avantage de la raison, c’est qu’elle est un outil qui ne présuppose aucune conclusion ; au contraire, c’est un processus qui fait germer les réponses à la lumière des meilleures données disponibles. Actuellement, les meilleures données disponibles indiquent que la consommation de viande nuit aux animaux, à notre santé et à l’environnement. Cela, nombre de « nouveaux athées » et de leurs confrères l’ont déjà compris… Il ne leur reste plus qu’à sortir de l’ombre.

Maladies, blessures, famine… Les animaux sauvages souffrent. Nous devrions les aider.

Traduction libre de l’article Wild animals endure illness, injury, and starvation. We should help. (vox.com)

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Au début de l’année 2015, le lion Cecil capte l’attention du monde entier après avoir été abattu par un dentiste américain lors d’une partie de chasse. Le public est, à juste titre, outré par cette tragédie – à tel point d’ailleurs qu’il en vient à s’indigner de toutes les formes de chasse au trophée. Plusieurs compagnies aériennes réagissent également en interdisant le transport de toute une gamme de trophées de chasse à bord de leurs avions. En octobre de la même année, c’est l’abattage d’un éléphant entre 40 et 60 ans par un chasseur allemand au Zimbabwe qui scandalise les gens. Bien que cette chasse fût légale – à la différence de celle de Cecil, l’abattage sans nécessité d’animaux sauvages continue de soulever le tollé général.

Toutefois, notre indignation et notre compassion ne devraient pas s’arrêter là. L’exploitation des animaux par les humains est une chose abominable que nous devons combattre, mais nous devrions également œuvrer contre une autre source de souffrance considérable pour les animaux sauvages : la nature elle-même.

La souffrance des animaux sauvages : une tragédie

De nos jours, la plupart d’entre nous ont un contact limité avec la nature sauvage, ce qui favorise les perceptions romantiques de cette dernière. Les images que nous voyons de la nature exposent principalement des paysages vierges et des animaux sauvages à la fois photogéniques et en bonne santé. Néanmoins, cette incroyable beauté masque un océan de souffrance. De nombreux animaux sauvages endurent sans relâche les maladies, les blessures et la famine. Les souffrances éprouvées par les animaux qui sont la proie de prédateurs tels que Cecil sont particulièrement abominables. Les mouettes picorent les yeux des bébés phoques afin de les rendre aveugles, puis les dévorent une fois morts. Grâce à leur venin, les musaraignes paralysent leurs proies afin de pouvoir les manger vivantes petit à petit, et ce sur plusieurs jours.

La souffrance des animaux sauvages est ahurissante de par son ampleur, mais très peu d’actions sont entreprises pour l’atténuer. Bien que de nombreuses organisations œuvrent pour la préservation des écosystèmes et de la biodiversité, peu se focalisent sur le bien-être des animaux. Alors que de plus en plus de gens prennent connaissance des tourments infligés aux animaux sauvages par les humains qui les chassent et les braconnent, la question de la prévention des atrocités naturelles dont sont victimes les animaux sauvages suscite encore peu de réflexion.

Les animaux sauvages ne sont pas si différents des chiens et des chats que nous adorons ; ils méritent tout autant notre compassion. Quand cela est possible, nous devons essayer de les aider, mais avec prudence afin de ne pas causer de nouveaux préjudices en perturbant les écosystèmes dont nous dépendons tous.

Que pouvons-nous faire pour mettre un terme à la souffrance des animaux sauvages ?

Le bien-être des animaux sauvages constitue un nouveau domaine largement inexploré. Par conséquent, les mesures les plus importantes que nous pouvons entreprendre dès à présent sont :

a) promouvoir l’idée qu’il faut aider les animaux sauvages

b) rechercher des formes d’intervention réalisables

Nos premières interventions dans la nature ne seront probablement pas spectaculaires. Les répercussions négatives pouvant être lourdes, il sera judicieux de commencer par de petits changements et de tester nos idées dans un cadre expérimental. Cependant, il ne s’agit pas ici de choisir entre l’inaction et la réaction excessive. Il existe des interventions directes qui pourraient être mises en œuvre à moyen terme sans causer de bouleversements démesurés dans les écosystèmes.

Une des options consiste à vacciner les animaux sauvages. Nous l’avons déjà fait dans le passé afin de gérer certaines maladies susceptibles de contaminer les humains, comme la rage chez les renards. Bien que ces mesures furent prises pour servir les intérêts des humains, l’élimination des maladies chez les animaux sauvages aurait vraisemblablement les mêmes répercussions que celle des maladies chez les humains : elle permettrait aux animaux d’avoir une vie plus heureuse et plus saine. Nous ignorons encore quelles maladies nous devrions cibler en premier, mais si nous décidons de faire face à ce problème avec sérieux, nous pourrons établir des priorités comme nous le faisons avec les humains : en se basant sur le nombre d’individus affectés, le degré de souffrance infligée et notre aptitude à les traiter.

Une autre stratégie susceptible d’améliorer le bien-être des animaux sauvages serait la réduction de la taille de certaines populations. En effet, les problèmes liés à la prédation, les maladies et la faim peuvent empirer en situation de surpopulation. Dans de tels cas, nous pourrions peut-être réduire les effectifs d’une manière non cruelle, par le biais de contraceptifs. A vrai dire, cette méthode a déjà été appliquée sur certains chevaux sauvages et cerfs de Virginie. La régulation de la fécondité pourrait être employée en parallèle avec la vaccination afin de venir en aide aux animaux tout en jugulant le surpeuplement qui pourrait affecter les individus de chaque espèce présente dans l’écosystème.

Bien évidemment, cela pourrait ne pas fonctionner pour différentes raisons. Nous devons donc conduire des recherches visant à évaluer l’efficacité et la sûreté de tels moyens. A mesure que se développeront de nouvelles technologies et que s’améliorera notre compréhension dans ce domaine, certaines pistes seront probablement abandonnées tandis que d’autres verront le jour.

Ce n’est pas parce qu’une chose est naturelle qu’elle est bonne

Il peut sembler que les animaux sauvages existent en dehors du champ d’action légitime de l’humanité et que l’intervention ou le « contrôle » de la nature soit une chose arrogante ou irrévérencieuse. Après tout, la souffrance des animaux sauvages est naturelle ; qui sommes-nous pour nous immiscer dans cette affaire ?

Mais cet appel à la nature accorde une trop grande importance à la préservation des comportements et des systèmes naturels. C’est une erreur de juger une chose bonne simplement parce qu’elle est naturelle. Il existe de nombreux phénomènes épouvantables d’ordre naturel, comme les catastrophes naturelles et les maladies, et nous sommes disposés à intervenir lorsque nous pouvons venir en aide aux humains confrontés à ceux-ci. Les animaux sauvages méritent eux aussi une considération similaire.

Effectivement, la souffrance des animaux sauvages est tout à fait naturelle, aussi naturelle que le cancer, le paludisme et les autres atrocités que nous nous efforçons d’éliminer. Elle l’est tout autant que la variole – que nous avons, à bon droit, éradiquée.

En outre, les activités humaines ont déjà d’énormes répercussions sur la nature. Plutôt que de se demander s’il faudrait commencer à intervenir, nous devrions songer à devenir plus réfléchis et plus compatissants vis-à-vis de notre impact sur les animaux sauvages.

Les animaux ont une valeur morale intrinsèque supérieure à celle de la « nature » en tant que concept

Certains partisans de l’écologie profonde ou de philosophies similaires prétendent que la nature non sensible – qui comprend non seulement les animaux, mais également le sable des déserts et l’eau des rivières – possède en elle-même un droit fondamental d’exister hors de toute interférence anthropique, et que les interventions visant à aider les animaux sauvages ne pourraient justifier la violation dudit droit.

Bien que l’attrait pour une telle approche soit compréhensible, celle-ci semble passer à côté d’une différence fondamentale sur le plan moral entre les êtres sensibles, qui sont doués de sentiments et d’expériences subjectives, et les entités non sensibles, telles que les arbres et les pierres.

Tentez cette expérience de pensée. Imaginez-vous dans une maison en feu, pressé de vous en échapper. Vous êtes passionné de peinture, et plusieurs tableaux sont gardés dans ce bâtiment ; mais il y a aussi plusieurs personnes qui dorment à l’autre bout de la maison. Vous avez le temps soit de sauver les tableaux, soit de réveillez les gens. Est-ce que la beauté artistique ou toute autre valeur intrinsèque d’un de ces tableaux vous amènerait à le privilégier au détriment des personnes qu’il faudrait réveiller pour les sauver des flammes ? Je ne le crois pas. A tout le moins, je pense que nous devrions être extrêmement réticents à l’idée de tolérer la souffrance d’êtres sensibles au profit de choses telles que des tableaux, qui n’ont ni sentiment ni intérêt propre. De la même façon, nous ne devrions pas tolérer la souffrance des animaux sauvages au profit de la « nature » en tant que concept.

Nos inquiétudes concernant certains dommages potentiels ne devraient pas nous empêcher d’aider les animaux

Certains pourraient soutenir que nous ne devrions pas intervenir en raison des répercussions néfastes pouvant se produire en d’autres points de l’écosystème, comme l’extinction ou le surpeuplement de certaines espèces. On pourrait également arguer que le bilan des interventions humaines passées est déplorable et que nous ferions mieux de nous abstenir. Mais ces interventions visaient principalement à transformer la nature pour servir nos intérêts, à la différence de ce nouveau type d’intervention réfléchi et guidé par la compassion, qui pourrait produire davantage de résultats prometteurs. Les répercussions en question constituent cependant une source de vive préoccupation, ce qui signifie que nous devons agir avec la plus grande prudence.

Nombre de nos exploits sont le fruit de notre volonté d’agir dans un système complexe, en présence de risques potentiellement désastreux. Prenons encore une fois l’exemple des maladies humaines : bien que notre corps soit extrêmement complexe, nous étions disposés à trouver des moyens de réduire le nombre de pathologies qui nous affectent. Cela a permis des avancées considérables en médecine, à l’image de l’éradication de la variole. Nous avons compris que les affections dont nous étions les victimes réclamaient notre attention, en dépit de la complexité de notre biologie.

Malheureusement, les animaux sauvages ne peuvent ni se faire entendre dans notre société ni soulager leurs propres souffrances comme nous le faisons. Il est donc plus difficile de reconnaître l’urgence de leurs besoins. Néanmoins, nous devons agir en leur nom.

Tourné vers l’avenir

A mesure que les technologies progresseront, notre aptitude à aider en toute sécurité les animaux sauvages grandira. Certes, ces discussions et propositions peuvent sembler spéculatives et présomptueuses à l’heure actuelle, mais nous avons besoin de personnes capables d’effectuer des recherches sur ces questions afin que nous puissions un jour les saisir correctement. Nous devons éviter de prendre en compte de manière exclusive des structures telles que les populations, les espèces, les écosystèmes et la biodiversité. Nous devons penser aux autres individus avec qui nous partageons cette planète.

Jacy Reese travaille pour Animal Charity Evaluators, une organisation à but non lucratif qui recherche et promeut les moyens les plus efficaces d’aider les animaux.

Pourquoi sommes-nous des véganes pro-OGM ?

Traduction libre de l’article Why are we pro-gmo? (vegangmo.com)

Comme la plupart des gens, vous vous dites sûrement : « Des véganes en faveur des OGM ?! Vous voulez rire, non ? » Force est de constater que les conspirationnistes anti-OGM sont finalement parvenus à récupérer le mouvement végane, faisant de nous les dindons de la farce.

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Nous estimons que le génie génétique et, par extension, les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont des technologies de première importance. À nos yeux donc, l’ignorance et les différents mythes qui entourent ce champ de recherche constituent au mieux un obstacle au progrès, au pire un préjudice grave.

En tant que véganes, nous nous sentons particulièrement concernés par cette question pour les raisons suivantes :

Les tests sur animaux

S’obstiner à vouloir davantage de contrôles de sécurité injustifiés mène à l’utilisation cruelle d’un plus grand nombre d’animaux dans les laboratoires. Par exemple, l’étude Séralini, qui a fait l’objet de très nombreuses critiques du fait de son non-respect des normes de bien-être animal et d’une rétraction en raison de sa mauvaise méthodologie, a provoqué l’agonie et la mort de plusieurs rats souffrant de tumeurs, alors qu’ils auraient pu être euthanasiés bien avant que la qualité de leur vie se dégrade sévèrement. Certes, cette étude est un cas extrême, mais lorsque les activistes anti-OGM réclament des tests de sécurité pour des motifs purement idéologiques – alors que la sécurité des OGM fait consensus au sein de la communauté scientifique – des animaux en pâtissent inutilement.

Les alternatives aux produits animaux

Le génie génétique peut contribuer au développement de substituts aux produits animaux. L’insuline, par exemple, provenait autrefois des animaux abattus. Aujourd’hui, ce sont des bactéries génétiquement modifiées qui sont à l’origine de sa production. Le génie génétique pourrait également nous permettre de remplacer les aliments d’origine animale. Il est notamment difficile de reproduire le goût et la texture du fromage à partir d’ingrédients d’origine végétale, et le nombre réduit de fromages végétaliens réellement convaincants peut constituer un obstacle pour nombre de personnes qui songent à devenir véganes. C’est pour ces raisons, entre autres, que les bio-hackers du projet Real Vegan Cheese entendent produire, par le biais de levures génétiquement modifiées, de véritables protéines de lait.   

La santé et la nutrition

Grâce au génie génétique, nous pourrons créer des plantes riches en nutriments pouvant faire défaut aux véganes, notamment la vitamine B12 et les oméga-3 DHA. Devenir végane et le rester deviendrait ainsi plus aisé. Récemment, les chercheurs du CSIRO (Organisation fédérale australienne pour la recherche scientifique et industrielle) ont créé une variété de colza capable de produire des acides DHA. Les véganes ont besoin de ces oméga-3 à chaîne longue, et leur version synthétique pourrait sauver la vie de nombreux poissons.

Les humains aussi sont des animaux, et beaucoup d’entre eux ont terriblement besoin d’aide. Le génie génétique pourrait apporter certains nutriments essentiels aux populations affamées ; il se pourrait même que les aliments génétiquement modifiés puissent servir de véhicule pour certains vaccins.

L’environnement

La création de plantes nécessitant moins d’engrais et de pesticides contribuera au développement d’une agriculture durable qui nuira moins aux différentes formes de vie sur cette planète : le nombre d’insectes tués sera réduit, la diminution des ruissellements agricoles limitera l’empoisonnement des poissons, et les cultures sans labour ou avec un travail réduit des sols sauveront la vie de nombreux animaux hypogés.

Les grandes entreprises

Tant que les régulations et les politiques seront façonnées par des peurs infondées, seules les entreprises les plus importantes pourront s’en accommoder. Afin de restaurer des conditions de concurrence plus équitables et permettre aux petits chercheurs indépendants d’utiliser ces outils, une approche plus rationnelle des biotechnologies devrait être envisagée par les citoyens et leurs représentants.

Le progrès scientifique

Les innovations dans un domaine particulier profitent à la communauté scientifique tout entière. Par exemple, les découvertes relatives aux plantes peuvent avoir des répercussions sur la vie des animaux (voir par exemple ce traitement de la leucémie résultant de la recherche en phytopathologie).

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Une minorité bruyante tente manifestement de récupérer la cause végane par le biais de raisonnements conspirationnistes et d’informations sans valeur sur les OGM. Le meilleur antidote contre cette désinformation reste la pensée critique et les sources d’informations scientifiques et compétentes.

Dites NON aux anti-OGM !

Les humains devraient-ils intervenir dans la nature afin de mettre un terme à la souffrance des animaux sauvages ?

Traduction libre de l’article Should humans intervene in nature to stop wild animal suffering?  (faunalytics.org)

Three female Lions bring down an adult cape buffalo in the Okavango Delta of Botswana during the daytime.

« Il est communément admis que l’éthique animale implique un respect des processus naturels, puisque les animaux non-humains auraient une vie relativement facile et heureuse dans la nature. Cette supposition est pourtant fausse. »

C’est ainsi que commence le sommaire de cet article de 2010 écrit par Oscar Horta, professeur de philosophie à l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans ce document publié dans Telos, Horta défend l’argument controversé – mais intellectuellement stimulant – que les gens ont le devoir moral d’intervenir dans la nature afin de prévenir la souffrance des animaux sauvages.

Dans un premier temps, Horta décrit la perception fautive et romantique que beaucoup de personnes ont de la nature, cette dernière étant considérée comme un environnement idyllique, habité par des animaux sauvages dont le bonheur l’emporte largement sur leur souffrance. Il montre ensuite comment les stratégies de reproduction employées par la plupart des animaux sauvages donnent lieu à d’immenses souffrances, ceux-ci engendrant un grand nombre de progénitures qui ont des taux de survie très faibles et qui meurent jeunes du fait de phénomènes brutaux tels que la faim et la prédation. « L’écrasante majorité des animaux de l’écrasante majorité des espèces semblent faire l’expérience de beaucoup de souffrance et de très peu (voire aucun) bonheur durant leur vie », conclut-il.

Ayant établi que les animaux souffrent considérablement dans la nature, Horta aborde ensuite la question des motifs pour lesquelles les personnes devraient intervenir. Il répond à l’argument avancé par de nombreuses personnes que « toute intervention, sans exception, serait dangereuse du fait de ses conséquences imprévisibles et potentiellement désastreuses, ou que nous n’avons aucun droit de la mettre en œuvre » en soulignant que c’est une idée spéciste, puisque « les humains interviennent constamment dans la nature. Dans la plupart des cas, ils le font pour servir leurs propres intérêts. » En d’autres termes, si les gens interviennent dans la nature pour en tirer profit, ils peuvent – et devraient – en faire autant pour aider les animaux sauvages.

En ce qui concerne les manières d’intervenir, Horta admet que, hormis les exemples locaux comme le nourrissage d’animaux dans une région frappée par un hiver rigoureux, il existe peu d’actions que l’on peut mettre en œuvre et qui ont un impact important. Toutefois, Horta propose que les gens, en particulier les défenseurs des animaux, commencent à jeter les bases de telles actions en recherchant les interventions qui seraient réalisables, tout en militant contre les visions idylliques de la nature et le concept général de spécisme. En outre, il note que les défenseurs des animaux doivent remettre en question leurs propres idées spécistes, peut-être enfouies dans leur subconscient, concernant les animaux sauvages.

Lien externe : Debunking the Idyllic View of Natural Processes: Population Dynamics and Suffering in the Wild – Oscar Horta