Maladies, blessures, famine… Les animaux sauvages souffrent. Nous devrions les aider.

Traduction libre de l’article Wild animals endure illness, injury, and starvation. We should help. (vox.com)

article-0-0C623E37000005DC-638_634x366Au début de l’année 2015, l’abattage du lion Cecil par un chasseur américain a capté l’attention du monde entier. Les gens ont été profondément choqués par cette tragédie – avec raison d’ailleurs, et leur indignation n’a épargné aucune forme de chasse au trophée. Plusieurs compagnies aériennes ont même réagi en interdisant toute une gamme de trophées de chasse sur leurs vols. En octobre 2015, nouveau scandale : cette fois, c’est l’abattage d’un éléphant par un chasseur allemand au Zimbabwe qui provoque un tollé. À l’évidence, la mise à mort sans nécessité d’un animal sauvage, qu’elle soit légale ou non, suscite immanquablement notre colère.

Pourtant, notre indignation ne devrait pas s’arrêter là. Certes, l’exploitation des animaux est un mal profond que nous devons combattre, mais il existe une autre source de souffrance pour les animaux sauvages qui mérite tout autant notre mobilisation : la nature elle-même.

La souffrance des animaux sauvages : une tragédie

De nos jours, la plupart d’entre nous n’ont qu’un contact limité avec la nature sauvage, ce qui favorise bien évidemment les perceptions romantiques de celle-ci. Les images que nous voyons d’elle montrent le plus souvent des paysages vierges habités par des animaux sauvages à la fois photogéniques et en bonne santé.

Mais cette incroyable beauté masque en réalité un océan de souffrance. En effet, bon nombre d’animaux sauvages endurent sans relâche la famine, les blessures et les maladies. Les souffrances éprouvées par les animaux qui sont la proie de prédateurs comme Cecil sont particulièrement abominables. Les mouettes picorent les yeux des bébés phoques afin de les rendre aveugles, puis les dévorent une fois morts. Les musaraignes, grâce à leur venin, paralysent leurs proies afin de pouvoir les manger vivantes, petit à petit, et ce, sur plusieurs jours.

La souffrance des animaux sauvages est ahurissante de par son ampleur, mais très peu d’actions sont entreprises pour l’atténuer. Si de nombreuses organisations œuvrent pour la préservation des écosystèmes, peu se focalisent sur le bien-être des animaux qui les habitent. Certes, de plus en plus de gens prennent conscience des terribles souffrances que les chasseurs et les braconniers infligent aux animaux sauvages, mais la question de la lutte contre les atrocités naturelles affectant ces mêmes animaux suscite encore peu de réflexion.

Les animaux sauvages, qui ne sont guère différents des chiens et des chats que nous aimons tant, méritent eux aussi notre compassion. Aussi devrions-nous essayer de les aider, mais avec prudence, afin de ne pas perturber les écosystèmes dont nous dépendons tous et causer de nouvelles souffrances.

Que pouvons-nous faire pour mettre un terme à la souffrance des animaux sauvages ?

Le bien-être des animaux sauvages représente un domaine encore largement inexploré. Voici ce que nous pouvons faire dès à présent :

a) promouvoir l’idée qu’il faut aider les animaux sauvages

b) rechercher des formes d’intervention réalisables

Nos premières interventions dans la nature seront sans doute modestes. Les effets négatifs pouvant être lourds de conséquences, nous avons tout intérêt dans un premier temps à envisager de petites interventions et à tester nos idées dans un cadre expérimental. Notons toutefois que nous n’avons pas à choisir entre l’inaction et l’action disproportionnée. En effet, certaines interventions pourront être mises en œuvre à moyen terme sans causer de bouleversement majeur dans les écosystèmes.

Un type d’intervention que nous pouvons d’ores et déjà envisager consiste à vacciner les animaux sauvages. Nous l’avons d’ailleurs déjà fait pour lutter contre certaines maladies transmissibles aux humains comme la rage du renard. L’élimination des maladies chez les animaux sauvages par le biais de la vaccination offrira sans doute les mêmes bénéfices que chez les humains : une meilleure santé et un plus grand bien-être. Nous ignorons encore quelles maladies devraient être ciblées en premier, mais si nous envisageons sérieusement de recourir à la vaccination, nous pourrons établir des priorités comme nous le faisons déjà pour les populations humaines : en nous basant sur le nombre d’individus affectés, le degré de souffrance ressentie et notre aptitude à les traiter.

Une autre stratégie susceptible d’améliorer le bien-être des animaux sauvages consiste à réduire la taille de certaines populations. En effet, les problèmes liés à la faim, la prédation et les maladies tendent à s’aggraver au sein de populations trop importantes. L’emploi de contraceptifs pourrait justement nous permettre de réduire de façon non violente certains effectifs. D’ailleurs, cette méthode a déjà été expérimentée sur des populations de chevaux sauvages et de cerfs. Qui plus est, la contraception pourrait être employée en parallèle avec la vaccination afin de juguler tout surpeuplement pouvant affecter les autres espèces présentes dans l’écosystème.

Bien sûr, ces interventions pourraient ne pas fonctionner. C’est pourquoi nous devons avant toute chose conduire des recherches sur leur efficacité et leur sûreté. À mesure que nos technologies et nos connaissances dans ce champ de recherche progresseront, certaines solutions seront sans doute abandonnées au profit de méthodes plus prometteuses.

Ce n’est pas parce qu’une chose est naturelle qu’elle est souhaitable

On peut avoir le sentiment que les animaux sauvages se trouvent en dehors de notre champ d’action légitime, que tout projet d’intervention dans la nature relève de l’arrogance ou du mépris, que vouloir agir contre un phénomène aussi naturel que la souffrance des animaux sauvages participe de l’ingérence.

Mais cette vision des choses attache une trop grande importance à la préservation en soi des comportements et des systèmes naturels. Elle se fonde sur l’idée reçue qu’une chose est bonne simplement parce qu’elle est naturelle. Oui, la souffrance des animaux sauvages est naturelle, mais le cancer, le paludisme et les autres calamités contre lesquelles nous nous battons le sont tout autant. La variole était elle aussi naturelle, mais personne ne déplore son éradication. En outre, si nous jugeons bon d’intervenir quand des humains sont victimes d’un phénomène naturel, pourquoi en serait-il autrement quand les victimes sont des animaux sauvages ?  

Les activités humaines ont déjà un impact considérable sur les milieux naturels. Aussi, la question n’est plus de savoir s’il faudrait oui ou non agir en leur sein, mais si notre influence sur ceux-ci ne devrait pas davantage refléter notre compassion.

Les animaux ont une valeur morale intrinsèque supérieure à notre concept de « nature »

Certains partisans de l’écologie profonde et de courants similaires affirment que le monde naturel – qui englobe non seulement les animaux, mais aussi le sable des déserts et l’eau des rivières – possède en lui-même le droit fondamental d’être préservé de toute ingérence humaine. Les interventions visant à aider les animaux sauvages constitueraient donc à leurs yeux une transgression de ce droit.

Bien que ce point de vue ne soit pas sans attrait, il semble ignorer la différence fondamentale entre les êtres sensibles – qui sont doués de sentiments et d’expériences subjectives – et les entités non sensibles telles que les arbres et les pierres.

Tentons cette expérience de pensée. Imaginez-vous dans une maison en feu. Vous êtes pressé d’en sortir, mais plusieurs personnes dorment à l’autre bout du bâtiment. Ce n’est pas tout : votre collection de tableaux, si chère à votre coeur, se trouve également dans cette maison. Vous avez le choix entre sauver vos tableaux et réveiller le groupe de personnes. Se pourrait-il que la beauté artistique (ou toute autre valeur intrinsèque) de vos peintures vous incite à abandonner ces personnes à leur sort ? J’en doute fort. L’idée même de laisser souffrir un être sensible au profit d’un objet sans intérêt propre ni sentiment devrait en effet rebuter la plupart d’entre nous.

Mais alors, pourquoi notre concept de “nature” devrait-il prévaloir sur la souffrance des animaux sauvages ?

Nos inquiétudes concernant certains risques ne devraient pas nous empêcher d’agir

Pour justifier l’inaction, on peut arguer que nos interventions pourraient avoir des “effets d’entraînement” néfastes sur les écosystèmes (extinction de certaines espèces, surpopulations, etc.), ou évoquer le bilan déplorable de nos interventions passées.

Mais ces objections semblent ignorer la nature même des activités menées jusqu’à présent dans les milieux naturels : l’exploitation pour notre propre bénéfice. Les nouvelles formes d’interventions évoquées plus haut, pour leur part, sont motivées par l’altruisme et la compassion, et donc susceptibles de produire des résultats autrement plus bénéfiques.

Bien sûr, il ne faudra jamais sous-estimer les risques d’effets délétères liés à nos interventions. La prudence est donc de mise. Mais gardons à l’esprit que nombre de nos accomplissements résultent de notre détermination à agir au sein de systèmes à la fois complexes et dangereux. La médecine, par exemple, continue de vaincre les maladies les unes après les autres, et ce, en dépit de l’extrême complexité de notre organisme.

Tourné vers l’avenir

Ce sont nos progrès technologiques qui nous permettront d’apporter une aide toujours plus efficace et plus sûre aux animaux sauvages. C’est pourquoi il est impératif que des chercheurs se penchent dès aujourd’hui sur cette problématique. Il est également primordial que notre réflexion dépasse les concepts de population, d’espèce, d’écosystème et de biodiversité, car ce ne sont pas eux qui comptent moralement, mais les individus qui les composent et qui partagent cette planète avec nous.

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Une réflexion sur “Maladies, blessures, famine… Les animaux sauvages souffrent. Nous devrions les aider.

  1. La meilleure des alternatives pour les animaux, qu’ils soient sauvages, domestiques ou captifs c’est un programme ambitieux de réduction de l’espèce humaine… Il n’y a plus à tourner autour du pot. Il faut le reconnaître et l’appliquer ! Et cette alternative sera bien entendu aussi bénéfique pour l’homme.

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