Ce grand zoo est-il meilleur pour les animaux que la nature ?

Traduction de l’article Is this big zoo better for the animals than the wild?, The Vegan Strategist (Tobias Leenaert).

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Alors que je me trouvais en Afrique du Sud pour une formation de CEVA sur les méthodes de promotion efficace du véganisme, j’ai profité de mon temps libre pour faire ce que l’on appelle un safari. Ce n’était pas vraiment pour satisfaire un quelconque désir de voir des lions, des tigres ou des ours que je l’ai fait, mais parce que j’estimais que cette expérience pouvait m’apporter de nouvelles perspectives sur la question de la souffrance des animaux sauvages, question que j’avais d’ailleurs déjà abordée ici. Et ce fut bien le cas.

Ce que le Safari Aquila propose ne peut nullement être considéré comme une expérience de la vie sauvage. Après notre arrivée (la réserve est située à 2 heures de route de Cape Town, en direction du nord-est), nous avons déjeuné, puis, en compagnie d’un guide et de six autres passagers, nous sommes partis dans un camion découvert. Le domaine, qualifié de « réserve animalière privée », couvre une surface de 10 000 hectares. Cela peut paraître vaste, mais c’est en réalité petit comparé aux 2 millions d’hectares du parc national Kruger du même pays.

Les quelques échanges que j’ai pu avoir en chemin m’ont permis de comprendre que ce lieu n’était en fait qu’une sorte de zoo à grande échelle. Certains des animaux qui y vivent appartiennent aux espèces les plus emblématiques de la jungle : des lions d’Afrique (environ sept), des éléphants d’Afrique (deux), des bisons, des léopards et des rhinocéros. La flore locale permet de subvenir aux besoins de la majorité des animaux, la réserve ne supplémentant qu’à hauteur de 10 % leur alimentation. Ils jouissent de grands espaces (au point que certains sont difficiles à repérer), mais des clôtures les empêchent de s’évader. Un vétérinaire sur les lieux assure les soins médicaux. Les herbivores sont séparés des carnivores ; les lions ne peuvent donc pas s’attaquer aux springboks, par exemple, mais ils sont nourris avec de la viande de vache et d’antilope une fois par semaine.

Par la suite, j’ai appris que ces animaux avaient été achetés avant d’être transportés jusqu’ici. Certains ont été secourus, comme les lions, qui étaient destinés aux chasses closes, et le léopard. Cette réserve comprend également un centre de réhabilitation. Aussi ai-je commencé à percevoir cette entreprise davantage comme un sanctuaire.

Je le répète, ce lieu ne peut être assimilé à la « nature », ce qui m’amène d’ailleurs à penser que de nombreuses personnes ne seront pas satisfaites de cette situation. Elles préféreront probablement un environnement dans lequel les animaux peuvent jouir d’une autonomie absolue et de conditions de vie aussi proches que possible de la vie sauvage. Toutefois, je pense que la question que nous devons nous poser ici – la question la plus importante peut-être – est la suivante : que préféreraient les animaux : ce grand zoo aux allures de sanctuaire ou la vie sauvage ? Si nous estimons que la bonne réponse est la seconde, je crains que nous ne réfléchissions, par mégarde, de manière anthropocentriste. Leur autonomie est moindre, certes, mais il semble y avoir, a priori, moins de souffrance. Je vous suggère de lire mon premier article sur la souffrance des animaux sauvages (et de regarder la vidéo) si vous êtes convaincu que la vie dans la nature constitue une expérience idyllique pour la plupart des animaux.

Voici quelques points qui pourraient justifier l’idée que la vie dans la réserve Aquila est parfois meilleure que dans la nature :

– Les animaux n’ont pas à se soucier de la nourriture. Lorsque leur environnement n’en produit pas suffisamment, les humains leur fournissent une aide alimentaire.

– Comme je l’ai mentionné plus haut, les animaux n’ont pas à craindre d’être dévorés. Selon le guide, sur les 24 petits mis au monde par une mère autruche de la réserve, 20 ont survécu. C’est bien plus que dans la nature.

– Un bébé rhinocéros a été rejeté par sa mère. Dans la nature, cet animal mourrait dans des conditions assez épouvantables s’il n’était pas adopté par d’autres. Mais ici, l’animal a pu être confié aux soins du centre de réhabilitation, où il s’est d’ailleurs lié d’amitié avec une chèvre. À terme, ce rhinocéros sera relâché dans la réserve.

– En milieu naturel, les lions ont une espérance de vie de quinze ans. À Aquila, ils peuvent vivre jusqu’à l’âge de vingt ans. Certes, cela ne nous dit pas grand-chose sur leur niveau de bonheur, mais cette espérance de vie prolongée peut nous renseigner sur leur santé physique.

– Les éléphants meurent généralement d’inanition après avoir usé leur sixième lot de molaires. Ceux de la réserve reçoivent de la nourriture liquide lorsqu’ils atteignent cet âge-là.

Notons toutefois que la réserve n’est pas exempte de problème. Nous avons vu quelques springboks atteints de difformités au niveau des cornes (l’une d’elles pousse complètement de travers), difformités dues, selon le guide, à la consanguinité (ce qui peut également se produire en milieu naturel). De plus, je ne suis pas certain que les surfaces attribuées à certaines espèces soient suffisamment grandes. Bien que les animaux jouissent d’espaces bien plus vastes que ce que peuvent offrir les plus grands zoos, les besoins des animaux migrateurs, comme les bisons, ne sont peut-être pas satisfaits.

Les lions ne peuvent pas chasser à Aquila, mais en ont-ils vraiment besoin ? Cet intérêt l’emporte-t-il sur l’intérêt d’un springbok à continuer de vivre ? Bien sûr, ces lions sont nourris avec de la viande provenant d’autres animaux, les intérêts propres de ces derniers étant sacrifiés lors de leur mise à mort. Cela dit, on peut imaginer que la viande in-vitro puisse un jour résoudre ce problème. On peut même imaginer que les technologies futures puissent produire des sortes d’arbres artificiels sur lesquels pousserait de la viande de synthèse, ou des robots se déplaçant rapidement afin qu’ils puissent être pourchassés par les prédateurs.

Je me suis également interrogé sur le problème de surpopulation. Si les prédateurs naturels ne sont pas présents et que les animaux ont toujours à disposition suffisamment de nourriture, combien de temps faudra-t-il avant que l’on observe des cas de surpopulation chez certaines espèces ? J’ai posé cette question au guide, mais celui-ci ne voyait pas le problème : « Plus d’animaux, c’est bon pour le business ! » (car, en effet, cette réserve est un business).

Je ne pense pas que cette réserve, ou zoo, ou sanctuaire, puisse offrir une solution globale au problème de la souffrance des animaux sauvages. Et puis, il ne s’agit ici que de quelques dizaines d’animaux (c’est-à-dire les lions, bisons, girafes, springboks, oryx, rhinocéros, etc. que nous avons pu voir). Leur nombre est probablement insignifiant comparé à celui des animaux sauvages de la réserve trop petits pour être vus. Ces derniers vivent quasiment à l’état sauvage puisqu’ils ne sont ni nourris ni soignés, et qu’ils peuvent être victimes de prédateurs.

Néanmoins, cette réserve m’a donné un aperçu de ce qui pourrait être un jour une réalité pour de nombreux animaux sauvages : un environnement contrôlé suffisamment grand pour qu’ils puissent s’y sentir (suffisamment) libre ; un lieu où ils seraient en mesure de vivre plus ou moins en paix et en harmonie. Certes, le lion ne se couchera pas à côté de l’agneau, mais il n’aura pas l’occasion de l’avaler tout cru non plus.

En outre, grâce à ce type d’animaux, la réserve est viable sur le plan économique ; sa continuation est donc garantie (les sanctuaires pour animaux de ferme, quant à eux, sont dans une situation économique bien plus précaire).

Je suis bien conscient des objections que formuleront de nombreux lecteurs : que c’est encore une fois une tentative arrogante de la part des humains de réguler la nature, que tout cela est contre nature, que les animaux n’ont aucune autonomie, que nous outrepassons leurs droits… Il se pourrait que certaines de ces objections soient en partie valides, mais encore une fois, nous devrions garder en tête les questions suivantes : que préféreraient les animaux ? Qu’est-ce qui compte à leurs yeux ? Peut-être devrions-nous nous abstenir ici de tirer des conclusions hâtives.

 

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3 réflexions sur “Ce grand zoo est-il meilleur pour les animaux que la nature ?

  1. Très intéressant votre réflexion et vos questions? Il est difficile de répondre à la place des animaux, mais à observer mon chat « sauvage », il préfère sa litière et les duvets moelleux de notre demeure plutôt que les grands espaces boisés et « naturels » de notre campagne.

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  2. Le meilleur pour eux sera toujours la nature : ils ne doivent pas s’habituer à ce que l’on soit toujours là pour eux puis bon on ne va pas faire des animaux des assisté comme l’est devenu l’homme.

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